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Le 20-03-2015 à 12:03

La Tunisie nostalgique de Ben Ali ?

 

Dans 7 vies, un documentaire sorti en septembre 2014, Lilia Blaise et Amine Boufaied reviennent sur le sentiment de nostalgie de l’ère Ben Ali qui a gagné la Tunisie post-révolutionnaire. Altermondes a rencontré les réalisateurs, quelques semaines après l’investiture du nouveau président de la République, Béji Caïd Essebsi.

Propos recueillis pas Anna Demontis

Pourquoi avez-vous réalisé le documentaire 7 vies ?

Amine Boufaied est un jeune réalisateur tunisien, Lilia Blaise est une journaliste franco-tunisienne qui collabore notamment à Inkyfada.

Amine Boufaied : Nous avons constaté qu’il y avait une certaine nostalgie voire « un regret » de l’ère Ben Ali. Nous avons voulu traduire et raconter ce sentiment de frustration. C’est ce qui a donné le documentaire 7 vies.
Lilia Blaise : En 2013, Amine avait fait la connaissance de Salem, le coiffeur que l’on voit dans le film. Nous avions alors fait un portrait qui s’appelait « La nostalgie du dictateur ». Or, au cours de l’année 2014, on s’est rendu compte que Salem n’était pas le seul à exprimer cette nostalgie et on a même vu des anciens du Rassemblement constitutionnel démocratique revenir sur le devant de la scène. Il y avait aussi une frustration face au manque de justice transitionnelle.

 Que révèle cette nostalgie de la société tunisienne ?

L.B. : Pour parler de ce sentiment qui s’était généralisé, nous avons choisi de recueillir des témoignages. On s’est alors rendu compte que ces Tunisiens n’étaient pas for cément nostalgiques de Ben Ali, mais qu’ils exprimaient plutôt le besoin d’un leader. Lors de la campagne présidentielle, le gagnant, Béji Caïd Essebsi, a d’ailleurs fait campagne sur la résurgence de la figure de Bourguiba.
A.B. : Le personnage de Salem illustre parfaitement ce besoin d’un leader. Dans son salon de coiffure, il n’y a pas que des portraits de Ben Ali ou de Bourguiba, mais aussi de Saddam Hussein, de Mouammar Kadhafi ou de Bachar Al-Assad.
L.B. : Le rapport des gens à l’image du dictateur est notre fil conducteur. D’où l’importance donnée dans le film à la propagande ou le passage consacré à la révolution, qui se concentre sur la destruction du portrait de Ben Ali et de symboles comme le siège du RCD à Sphax. Cette nostalgie est très bien appréhendée par les Tunisiens, mais elle n’est plus taboue. Pour la première séquence du documentaire, nous avons réalisé des micro-trottoirs. Tous les gens que l’on a abordés ont accepté de nous répondre, ils ne s’autocensurent plus. Mais ils avaient aussi tendance à oublier ou édulcorer l’ère Ben Ali. C’est pourquoi dans le film, nous demandons aussi aux gens d’évoquer leurs souvenirs de la dictature.

« La population doit rester vigilante parce que c’est facile d’oublier, surtout quand il n’y a pas de travail de mémoire. »

De quelle propagande parlez-vous ?

L.B. : La nostalgie est entretenue par les pratiques de propagande qui persistent dans les médias, dans la manière dont l’actualité est traitée et qui se borne à encenser ou diffamer. Il y a très peu de prise de recul. L’attitude de la presse officielle est catastrophique. Pire, la presse d’opinion qui s’est construite après la révolution adopte les mêmes pratiques.
A.B. : Le documentaire est divisé en trois parties : la construction de l’image de Ben Ali, puis sa destruction et enfin sa résurrection. La propagande a autant contribué à la construction qu’à la résurrection. Et dans ce dernier cas, elle le fait en se focalisant sur les phénomènes négatifs survenus après la révolution. On ne parle évidemment pas de la résurrection de Ben Ali, mais d’un système ou d’un mode de vie qui lui est associé.

Les Tunisiens regretteraient plutôt une image de la Tunisie…

L.B. : En instaurant un système ultra capitaliste, Ben Ali a su répandre un mode de vie centré sur l’argent, avec une généralisation de la corruption et un vrai vide culturel. C’est pourquoi le sociologue Vincent Geisser, que nous interviewons dans le film, parle du « benalisme sans Ben Ali ». Même si les gens en ont eu marre du côté blingbling des Trabelsi, reste que la réussite sociale en Tunisie passe toujours par le fait d’avoir de l’argent. D’ailleurs, mis à part Salem qui est très acquis à Ben Ali, les personnes interviewées distinguent bien l’homme et le système. Les Tunisiens nostalgiques regrettent la société d’avant, ils disent que la situation économique et la sécurité étaient meilleures, qu’ils avaient alors l’assurance d’avoir un travail et une vie normale. La population a tendance à penser que les problèmes sociaux et économiques ont commencé avec la révolution, que cette dernière a entraîné le chaos. Prenons l’exemple des déchets. Ils étaient ramassés sous Ben Ali. Maintenant, il y en a partout. Pourquoi ? Parce que les ouvriers qui ramassaient les déchets gagnaient 200 dinars par mois, travaillaient dans des conditions extrêmes et que depuis la révolution, ils peuvent réclamer leurs droits. C’est normal. Mais, la peur de l’inconnu et de l’instabilité s’est installée.

L’élection de Béji Caïd Essebsi, figure de proue de l’ancien régime, est-elle un symptôme de cette nostalgie ?

L.B. : Une partie de la population tunisienne a voté pour lui parce qu’il incarne un modèle de société opposé à celui des islamistes. Ce sont plutôt des gens de gauche. Les résultats des élections peuvent aussi être perçus comme en réaction au bilan d’Ennahdha et de la Troïka. On ne peut donc pas vraiment parler de nostalgie. D’ailleurs, les partis ouvertement benalistes n’ont pas gagné aux législatives. Par contre, ils ont appelé à voter pour Béji Caïd Essebsi. De fait, il est devenu un symptôme de la résurgence de l’ancien régime. Son discours s’est bâti sur le passé lié à Bourguiba et sur le retour d’un État fort. Il a aussi orienté les Tunisiens vers le « vote utile », en leur disant : « voter pour moi, c’est une façon de voter contre les islamistes ».

Quelle était votre intention avec ce documentaire ?

L.B. : 7 vies est le premier pas d’un travail de mémoire qui veut montrer ce que cache la phrase « Ben Ali nous manque ». Nous racontons ce qu’était la Tunisie avant la révolution, alors que la plupart des documentaires se concentre sur la période révolutionnaire. Notre principale motivation est que les gens qui voient le film s’interrogent : « Qu’est-ce que j’ai vécu sous Ben Ali ? », « de quoi je me rappelle ? » et « est-ce qu’il me manque vraiment ? ».
A.B. : Notre intention est surtout de susciter le débat. Avec ce film, nous n’avons pas la prétention de trouver des solutions, nous essayons de poser le problème. En tant que journaliste et cinéaste, notre rôle est de provoquer pour que les spécialistes, les hommes politiques et la société civile trouvent des solutions.
L.B. : Dans ce documentaire, il y a une part d’indignation et d’engagement. Il ne faut pas s’en défaire. En Tunisie, il faut encore pouvoir s’indigner. La dernière image du film est vraiment emblématique de notre motivation, lorsque le père du jeune martyr dit « s’il n’y a pas de justice, la dictature peut revenir ». La population doit rester vigilante parce que c’est facile d’oublier, surtout quand il n’y a pas de travail de mémoire.

  
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